Reccueillir la voix des autres : une biographe à l’oeuvre

L’art d’accompagner l’écriture

Déjà, maîtresse dans les petites classes, elle faisait « écrire une histoire » à chaque élève ou, pour les plus jeunes, la raconter, et dans ce cas c’est elle qui notait les mots. Chacun lisait ensuite, ou c’est elle qui lisait. « L’essentiel était de lier la lecture à l’écriture. » Sans écriture il n’y a pas de lecture.

Sylvie Goret parle dans sa maison non loin du lycée Nerval. Née à Saint-Quentin, elle a été institutrice dans le Soissonnais pendant 30 ans. Puis il y a 5 ans elle a changé de métier. A la recherche d’une nouvelle vie, elle s’est engagée dans diverses formations pour obtenir une certification professionnelle de biographe. C’est sa nouvelle vocation. Elle aidera ceux qui désirent laisser une trace écrite du déroulement de leur vie pour leur famille et leur entourage. Le livre reste privé, à moins, comme c’est arrivé récemment, de passer dans une deuxième étape à la publication. (*)

Sylvie Goret avec les livres de ses autobiographes

Ainsi, la mémoire individuelle se livre aux autres. Les jeunes sont trop occupés à vivre leur enfance et puis bâtir leur avenir pour s’occuper du passé de leurs aïeux. Souvent ils le regrettent quand c’est trop tard. Sylvie elle-même dit son dépit de ne pas avoir interrogé ses grands-parents.

Comment procède-t-elle ? Elle accueille la personne pour « un galop d’essai », permettant a chacun de se repérer. Ensuite il y a une dizaine d’entretiens, qu’elle enregistre et imprime. Puis elle fait une « lecture décantée » de chaque phrase, adaptant la parole brute pour en faire un texte. « Je tends un fil dramatique et thématique, cherche un bon équilibre, introduis des effets de zoom. Il s’agit de découvrir la cohérence dans une vie. » Elle sait écouter, nourrir le désir de s’exprimer. Le seul mot d’ordre qui guide l’autre est de « dire sa vérité ». Se confier ainsi aux autres est une preuve de générosité, qui se reflète dans ce qu’il dit et laisse lire.

Prendre la décision d’écrire est-il thérapeutique ? « Oui, mais ce n’est pas une thérapie. » Cela permet de mieux se voir, peut-être donner un nouvel éclairage à la vie ; mais face à une personne encore souffrante d’une grande perte, Sylvie a d’abord vérifié qu’elle était suivie ailleurs.

Elle laisse lire et relire son adaptation, fait des ajustements en conséquence, vérifie qu’elle a bien traduit ce qu’elle a entendu, qu’elle a saisi le style de l’auteur. Quand un jour un lecteur a dit « Mais je crois l’entendre parler ! », elle sait que cela a réussi.

Les livres de ses co-auteurs sont empilés sur une table basse. Elle prend chacun dans les mains, raconte l’aventure individuelle qu’il constitue, dit son estime, même sa tendresse pour la personne qui a osé s’y aventurer. A Sylvie de faire de son récit un livre. Tous les détails de mise en page, de couverture, d’illustrations sont décidés ensemble.

A côté des livres co-écrits, il y a un qu’elle a écrit pour elle-même. Il n’y a qu’un seul exemplaire, car c’est une sorte de manuel dans lequel elle consigne ses formations, son apprentissage, jusqu’au détail des exercices d’écriture qu’elle a fait, et leur effet, qui est une sorte de familiarisation profonde avec elle-même. Il s’intitule Passage, et se termine par la phrase « Je clos le chapitre du passage, prête à ouvrir celui de la métamorphose. » D’abord l’apprentissage, ensuite la grande ouverture vers un nouveau monde, celui où elle aide ceux qui s’engagent à se raconter. Elle en est leur première lectrice.

(*) Sylvie Pommerolle, Flux et reflux de la vie.


www.lavoixdanslesmots.fr
Tél. 06 52 30 52 83

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