BH : Bonjour Amélie,
La librairie Le Millefeuille de La Loupe fête ses « un an »… Comment est né ce beau projet ?
A : C’est bien plus qu’un projet, c’est une véritable aventure.
Je suis arrivé à La Loupe avec ma famille, il y a 10 ans. Très vite, nous avons eu envie de connaître notre ville et son environnement. Nous avions envie de contribuer, pas seulement de consommer. Ayant grandi en milieu rural, je retrouvais certains repères.
Il n’y avait pas de librairie dans la ville. Elle avait fermé il y a 25 ans. Je me suis dit peut-être c’est à nous de le faire. Je me suis mise à y réfléchir : aux adéquations avec ce que je sais faire, au businessplan, aux attentes des habitants…. Et surtout, j’ai commencé à en parler autour de moi.
Finalement, c’est le retour des gens qui a été pour moi un moteur et un soutien. Parce que ça a été long. Je suis partie me former chez Book Conseil, dans un parcours de reconversion pour ouvrir une librairie en milieu rural. Je suis sortie de la formation en me disant « ça va être dur mais c’est possible ! » Régulièrement, je me décourageais. Mais grâce aux rencontres, aux petites questions « alors, tu en es où ? » ou aux marques d’intérêts, localement, pour ce projet, j’ai retrouvé de l’énergie pour continuer à chaque fois.
BH : Voilà la machine mise en route. Quelles étaient les étapes suivantes ?
Le financement et le lieu.
Pour le financement, la communauté de communes et la mairie ont soutenu le projet. Mais le régional et le national, m’ont fait attendre extrêmement longtemps, pour ne rien donner. Cela a été rude à encaisser. Et nous avons dû revoir le plan. Nous nous sommes lancés avec un financement indépendant. Je dis « nous » c’est-à-dire mon mari et moi. Et cela donne une plus grande liberté dans le projet.
Quant au lieu, j’avais une idée de ce que je voulais. Être dans le centre, au cœur de la ville, si possible près de la médiathèque. Il y avait aussi des contraintes d’espace et de taille de lieu. Aussi, l’emplacement actuel de la librairie est vraiment idéal.
BH : Quel a été l’accueil des habitants de La Loupe ?
Incroyable. Très positif. Et même, au-delà de cela. Ils se sont appropriés le lieu. Parfois, ils le font découvrir à leurs proches en visite. Ils sont heureux, et moi, encore en capacité de le goûter. Et cela continue, j’ai des nouveaux chaque jour.
Le jour de l’ouverture, une dame est entrée, a regardé autour d’elle, et a dit : « je ne savais pas qu’on avait droit à ça, nous aussi ! » Cela m’a beaucoup touché. Et résume assez bien les choses.
BH : Quelles spécificités à votre librairie ?
Ma première spécificité est d’être généraliste. Avec une première année d’exercice, j’ajuste de mieux en mieux mes commandes aux attentes de mes clients. Il y a donc un peu de tout. Mais ce qu’il n’y a pas, car on ne peut pas tout avoir évidemment, on peut le commander. Le prix du livre étant fixe, quel que soit le point de vente, il sera au même prix chez moi que sur Amazon.
Ensuite, j’ai un peu de papeterie et de jeux. J’essaie d’être pratique et de rendre service. J’ai, par exemple, des enveloppes à vendre à la pièce, cela peut dépanner.
Je fais café aussi. Il n’y a que trois tables mais cela offre l’occasion de se poser, de prendre le temps, de discuter. Et avec l’été, la librairie a aussi une terrasse qui double la capacité du salon de thé quand il fait beau!
Enfin, la librairie sur trois étages permet aussi des propositions différentes. Tout là-haut, au deuxième étage, ce sont les livres d’occasion. C’est aussi le coin canapé. Les lycéens ne s’y sont pas trompés, ils aiment venir s’y poser. C’est encore le coin ateliers.
BH : Des ateliers ? Quels ateliers ?
Des ateliers de toutes sortes, pas forcément en lien avec les livres d’ailleurs. C’était mon souhait, que la librairie vive aussi en dehors des livres. Et dès avant l’ouverture, par le biais des réseaux sociaux, il y a eu des propositions d’ateliers. J’étais ravie. C’est toute une dynamique collective qui s’est mise en place. Comme une petite société qui gravite autour de la librairie. Et j’adore ça.
BH : Alors, être libraire, cela consiste en quoi finalement ?
Beaucoup de contacts, de rencontres, de dialogue, d’écoute. Être avec chacun. La porte, sauf grand froid, est toujours ouverte. Quand une personne entre dans la boutique, le premier contact est le regard. Est-ce un habitué ou non ? Que vient-il chercher ?
Il y a évidemment beaucoup de lecture, de rangement, d’administratif aussi. C’est un métier assez complet finalement, un peu : des chiffres et des lettres.
BH : Aujourd’hui, quel serait la perle ou la difficulté que vous pourriez nous partager ?
La plus grande difficulté est de trouver le bon rythme pour ne pas s’épuiser. Être très organisé. Car au-delà de faire vivre le lieu, d’être présente six jours sur sept dans la boutique, il y a un travail de fourmi de rangement, de tri, d’administratif, extrêmement prenant. Il y a aussi à trouver les bons horaires pour soi et pour les clients. Car il faut vendre aussi. Sachant qu’une librairie est le commerce de détail le moins rentable, c’est un ajustement permanent.
La perle, c’est l’émerveillement quotidien. C’est un peu comme au théâtre, cela change tous les jours. C’est quand un client revient nous dire que le livre qu’on lui a conseillé lui a beaucoup plu. C’est qu’il n’y a pas de routine. Moi qui en avais un peu peur. C’est impossible de s’ennuyer. Et j’ai, chaque matin, une gourmandise à venir ouvrir la librairie.
Mon plus beau rêve ? Que cela dure après moi.

Views: 4